JÉRUSALEM

JÉRUSALEM

Métropole en pleine expansion dans tous les domaines et dont l’État d’Israël a fait sa capitale, Jérusalem s’étend sur 10 000 hectares et compte 500 000 habitants en 1989, dont 361 000 Juifs. Parmi ses visages multiples, il en est plusieurs qui peuvent éclipser le rôle spirituel qu’elle a tenu et tient dans l’histoire: elle apparaît, d’abord, comme un des lieux majeurs de la tension politique qui secoue le Proche-Orient; par ailleurs, pour d’innombrables touristes, elle n’est guère qu’une cité ceinte de forêts, aux artères fleuries, aux quartiers pittoresques, au passé plein de souvenirs liés à l’Écriture et à des siècles de pèlerinages.

Le site de Jérusalem se distingue mal de son histoire, la géographie rejoignant la théodicée dans le Psaume CXXV (verset 2): «Jérusalem a des montagnes pour ceinture; ainsi l’Éternel entoure son peuple maintenant et pour toujours.» La cité s’élève au cœur des monts de Judée entre les hauteurs de Beth El au nord, et celles de Hébron au sud; elle surplombe à l’ouest la vallée du Tyropéon, au sud celle du Hinnom, à l’est celle du Cédron, dominant la suite de collines désertiques qui s’abaissent vers la mer Morte et vers Jéricho. Depuis un siècle, une ville neuve bâtie hors des murailles à l’ouest, puis au nord, accroît considérablement la superficie jadis restreinte de ce que l’on appelle aujourd’hui h -‘Ir h -At 稜q h, la Vieille Ville, qui est interdite dans sa quasi-totalité à la circulation automobile. Dans le climat méditerranéen d’Israël marqué par les hivers doux et pluvieux et par des étés chauds et secs, l’altitude (827 m au mont Scopus, 835 m au mont Herzl) donne aux températures de Jérusalem des caractéristiques propres: en hiver, elles sont plus rigoureuses et s’accompagnent de chutes sporadiques de neige; en été, elles sont modérées avec des brises fréquentes.

Jérusalem occupe, dans la Bible hébraïque et le Nouveau Testament, un rang privilégié entre toutes les cités. Ville sainte des juifs et des chrétiens, elle est aussi pour l’islam El-Q ds (la Sainte), le troisième lieu sacré après La Mecque et Médine. Les puissances qui régnèrent sur cette cité après l’avoir conquise – Romains, Byzantins, Perses, F レimides-saldj qides, Mongols, croisés d’Occident, Turcs ottomans – la marquèrent tour à tour de leur empreinte. L’immense travail archéologique qui a été entrepris dans la seconde moitié du XIXe siècle, et qui s’est intensifié depuis la création de l’État d’Israël, a contribué à mettre au jour les strates de ces diverses empreintes, donnant des résultats spectaculaires pour les époques prébiblique, biblique et postbiblique, et promettant beaucoup pour la deuxième époque romaine dite d’Aelia Capitolina, pour l’époque byzantine et surtout pour celle – brève, il est vrai – de la conquête perse.

La Jérusalem biblique et postbiblique

Les fouilles établissent que la «cité de David» fut fondée à l’époque cananéenne au début du l’âge du bronze, qu’elle fut pourvue d’un rempart au Bronze moyen et d’édifices monumentaux avant la conquête de David. Il est question, dans la Genèse, de la ville de Salem: son roi, Melchisédech, «prêtre du Dieu suprême», bénit Abraham; selon le Psaume LXXVI, Salem est identique à Jérusalem. Sur le mont Moriah, voisin de Salem, la Genèse situe le sacrifice d’Isaac (XXII, 2). Occupée par les Jébusites au XIe siècle avant J.-C., Jérusalem est conquise par le roi David, qui en fait sa capitale et qui, pour cinquante sicles, achète le mont Moriah à Aravna, peut-être le dernier roi jébusite (II Samuel, XXIV, 18-25). Diverses constructions, surtout militaires, constituent la cité de David. En y transférant l’Arche d’alliance, David fait de Jérusalem le centre spirituel d’Israël.

La cité s’étend sous le règne de Salomon: elle comprend le palais royal; la «Maison de la forêt du Liban» (casernement des troupes et des chars); des magasins royaux; une structure mise au jour en 1978, de la hauteur d’un immeuble de cinq étages, qui est le seul vestige monumental de l’époque du roi Salomon (elle aurait été conçue pour soutenir la Citadelle); le Temple, édifié au terme de sept années de travaux, sur le mont Moriah. Sanctuaire unique d’Israël, le Temple comprend un vestibule pourvu des colonnes géantes, dites Yakhin et Boaz , le sanctuaire proprement dit, le Saint des saints enfin, qui abrite l’Arche d’alliance (les Tables de la Loi y sont conservées) surmontée par deux chérubins aux ailes déployées. Sur le parvis se trouve l’autel aux sacrifices. Le roi Salomon inaugurant le Temple y prononce une prière aux accents universalistes (I Rois, VIII, 22-53).

Après le Schisme (930 av. J.-C.), Jérusalem est la capitale du royaume de Juda. Le service divin est assuré par les Kohanim aaronides et le grand prêtre, qui seul peut pénétrer dans le Saint des saints. Grâce aux dîmes dues aux prêtres et aux offrandes volontaires, le Temple acquiert de grandes richesses qu’à plusieurs reprises les rois sont contraints de livrer en tribut à un ennemi vainqueur ou menaçant. En 701 avant J.-C., le roi d’Assyrie, Sennachérib assiège Jérusalem; une épidémie l’oblige à lever le siège. Sous le règne d’Ézéchias est creusé l’aqueduc souterrain de Siloé, qui conduit dans la ville les eaux du Gihon (une inscription paléo-hébraïque gravée lors de l’achèvement de l’aqueduc a été retrouvée en 1880; elle est conservée au musée d’Istanbul).

Après la chute du royaume d’Israël et de l’Assyrie, Jérusalem redevient sous le règne de Josias un grand centre religieux, avant d’être prise d’assaut et détruite par Nabuchodonosor, maître du nouvel empire babylonien (586 av. J.-C.). Exilés à Babylone, les Judéens font serment de garder le souvenir de Jérusalem: «Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie; que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies» (Psaume CXXXVII, 5-6). Le site reste ruiné jusqu’en 538 avant J.-C. Roi des Perses, maître de l’Orient, Cyrus charge les Juifs de reconstruire le Temple et leur restitue les objets sacrés emportés par les Babyloniens. Après des débuts difficiles sous la conduite de Zorobabbel et du grand prêtre Josué, la reconstruction de Jérusalem s’accélère sous le gouvernement de Néhémie (le livre biblique de Néhémie comprend une topographie détaillée de la ville et de ses portes: Vieille Porte; portes des Brebis, des Poissons, d’Éphraïm, de la Vallée, des Ordures, de la Source, des Chevaux). À la porte des Eaux, se tient une assemblée du peuple qui adopte des dispositions constitutionnelles dites Taqanot Ezra (Mena ムot 51).

On ne sait rien de Jérusalem au IVe siècle avant J.-C. Au IIIe siècle avant J.-C., le Temple est devenu le centre des Juifs du pays d’Israël et de la Diaspora; vers elle affluent les pèlerins. Le grand prêtre préside à la vie politique comme à l’accomplissement des rites du Temple. Jérusalem se soumet – volontairement, semble-t-il – à Alexandre le Grand. Sous le règne d’un de ses successeurs, la cité est hellénisée sous le nom d’Antioche; on y construit un gymnase et le Temple est dédié à Dionysos. Un soulèvement éclate, conduit par la famille asmonéenne des Maccabées, qui libère Jérusalem et restaure le Temple.

Cependant, un siècle plus tard, mettant à profit un conflit dynastique entre deux prétendants au sacerdoce suprême. Pompée s’empare de Jérusalem et fait de la Judée une province romaine. Il pénètre dans le Saint des saints, qu’il trouve vide (65 av. J.-C.). Sous le règne d’Hérode le Grand, favori d’Auguste (de 37 à 4 av. J.-C.), la cité est transformée de fond en comble; la période hérodienne est la plus riche en vestiges architecturaux de toutes sortes à Jérusalem: palais, tours, forteresses, murailles sont édifiés. Parmi les descriptions de Flavius Josèphe, retenons ces lignes sur le Palais d’Hérode: «... à quelque distance au sud de ces tours et protégé par elles, se trouve le Palais du Roi qu’aucune langue ne saurait décrire. Sa magnificence et son confort sont sans comparaison et il est entouré de toutes parts d’une muraille haute de 13,50 m avec des tours placées à distances régulières et contenant d’immenses salles de banquet et des chambres d’amis avec 100 lits» (Guerre des Juifs , 5, 4, 4). Une description du Temple (Lettre d’Aristée à Philocrate ) s’arrête longuement sur la pompe des sacrifices: «Le coup d’œil de toute cette pompe en impose et déconcerte, au point de se croire dans un autre monde. Je peux assurer absolument que quiconque ira assister au spectacle dont je viens de parler en sera frappé d’une indicible admiration, remué intérieurement par ce qui se dégage de sacré dans l’ordonnance de chaque détail» (trad. A. Pelletier, Cerf, Paris, 1962, p. 153).

Le Temple fait l’objet d’une reconstruction totale: l’esplanade est remaniée, entourée de murs épais, tandis qu’un portique et des colonnes de 15 mètres de haut ornent le sanctuaire. La prospérité du Temple est assurée par la contribution annuelle d’un demi-sicle que versent les Juifs de la Diaspora. Métropole du judaïsme, Jérusalem est la mère des premières Églises. Venu y célébrer la Pâque avec ses disciples, le prédicateur galiléen Jésus de Nazareth y est arrêté, condamné et crucifié sur l’ordre du procurateur romain Ponce Pilate en 29 environ. Ses disciples constituent l’Église primitive, qui maintient les observances juives contre les hellénistes, dont le chef Étienne est lapidé à Jérusalem. Adopté à Jérusalem sous l’influence de Jacques, le «décret apostolique» fixe les conditions d’admission des païens dans la communauté chrétienne (Actes, XV, 28-29).

C’est à Jérusalem que se manifeste le plus l’hostilité contre l’occupant romain. En 66, à la suite du pillage de la ville par les soldats du procurateur Florus, éclate un soulèvement général. Les Romains chassés, un gouvernement modéré s’installe à Jérusalem jusqu’à l’offensive de Vespasien (68). La ville est alors déchirée entre modérés, partisans de Jean de Giscala, et partisans de Siméon bar Giora. Jérusalem assiégée est défendue par Jean de Giscala et Siméon bar Giora face à Titus et à ses légionnaires, tandis que Flavius Josèphe, passé aux Romains, engage Jérusalem à se rendre. Investie, Jérusalem est incendiée ainsi que le Temple en juillet 70. Au cours du triomphe de Titus, ses soldats exhibent le chandelier d’or du Temple et les objets sacrés, scène qui est représentée sur l’arc de Titus à Rome. Jérusalem reste ruinée jusqu’en 132. L’empereur Hadrien projette d’y édifier une cité païenne. Les Juifs se révoltent sous le commandement de Siméon ben Koséba dit bar Kokhba, que beaucoup regardent comme le Messie. Jérusalem est libérée, l’effigie du Temple figure sur les monnaies frappées par Siméon ben Koséba avec une date suivie de la mention: «de la liberté de Jérusalem». Rappelé de Bretagne, le général romain Julius Sévère bat les insurgés, qui se retranchent dans Béthar bientôt prise d’assaut. Sur le site de Jérusalem, désormais interdit aux Juifs, Hadrien réalise son projet d’une construction urbaine nommée Aelia Capitolina.

L’entrée monumentale de la ville en arche triple se trouve aujourd’hui dans l’enceinte du monastère des sœurs de Sion au commencement de la via Dolorosa. Longtemps ignorée, Aelia Capitolina jaillit aujourd’hui du long travail des historiens et archéologues. Colonie dessinée comme un camp romain – une rue byzantine suivant le tracé du Cardo romain a été mise au jour –, elle n’englobe pas l’Esplanade du Temple dite la Quadra , sur laquelle s’élève un temple dédié à Jupiter et s’ouvrant sur une statue équestre d’Hadrien. D’autres temples ornaient la ville, dont celui de Vénus sur le site actuel du Saint-Sépulcre. Ville tranquille de province, Aelia, qui se voit accorder en 201 le titre de «Commodiana», perd en 250 la Legio Fretensis (la dixième): une garnison maure la remplace. La communauté chrétienne s’y développe: Alexandre de Cappadoce, un de ses évêques, y établit une bibliothèque bientôt renommée.

Le Moyen Âge

Le règne de Constantin ouvre à Jérusalem une période chrétienne. Hélène, la mère de l’empereur, visite la ville en 326. Constantin y fait édifier la basilique du Saint-Sépulcre par des architectes de Constantinople, Zenobius et Eusthatius. La construction de la Jérusalem byzantine se poursuit trois siècles durant. Elle est dédicacée en 335. La ville prend un caractère chrétien: les juifs en sont exclus, sauf pour l’anniversaire de la destruction du Temple, où il leur est permis de pleurer sur ses ruines. Cette Jérusalem byzantine reçoit une cartographie sur la mosaïque de Médata. On a mis au jour des vestiges et une inscription grecque, dédiée à l’empereur Constantin, de l’une des plus grandes églises du monde byzantin, la Nea Basilica .

Après la tentative sans suite de Julien l’Apostat pour reconstruire le Temple (363), Jérusalem se dote d’églises et d’un nouveau mur. Le pèlerinage chrétien lui donne une certaine prospérité. En 438, l’impératrice Eudoxie rétablit les juifs dans la ville. Deux conciles s’y tiennent sous Justinien (536 et 553). À la suite de la prise de Jérusalem par les Perses et de son administration par le Juif Néhémie (614), l’empereur Héraclius, qui reprend la ville, en bannit les juifs (629). En 638, le calife Umar s’empare de Jérusalem et dégage le site du Temple. Mu wiya construit la première mosquée al-Aqsa (la Lointaine) en 660 environ et Abd al-Malik la Qubbat al-Sakhra, le dôme du Rocher, en 691. Désormais dans la tradition islamique, Jérusalem occupe un rang privilégié, le troisième après La Mecque et Médine. Les juifs s’installent dans le quartier du sud-ouest du Temple et construisent une synagogue sur le mont Sion. Sous les Ummayades puis sous les Abb sides, Jérusalem décline jusqu’à son annexion à l’Égypte en 878.

En 1009, elle passe au pouvoir des F レimides et le calife al- ネ kim détruit le Saint-Sépulcre. Depuis la conquête musulmane, la ville s’était étendue; le voyageur arabe N ルir-i Khusraw la décrit longuement, montrant l’importance numérique des non-musulmans (chrétiens et juifs), dont la situation se détériore sous al- ネ kim. En 1071, le général saldj qide Ats メz b. Uvak s’empare de Jérusalem. Les F レimides la reconquièrent en 1098. L’année suivante (le 5 juillet 1099), elle tombe aux mains des croisés, qui massacrent les musulmans et les juifs. Jérusalem devient la capitale du royaume latin de Jérusalem (Regnum Hierusalem ), qui s’étend jusqu’à la mer Rouge et à l’isthme de Suez. Repeuplée de chrétiens, devenue le siège des ordres militaires du Temple de Jérusalem et de l’hôpital de Saint-Jean, ainsi que le but d’un pèlerinage actif, surtout français, Jérusalem est alors une cité romane. Le Saint-Sépulcre est reconstruit en 1149. Une citadelle est édifiée, dite tour de David. Le 2 octobre 1187, 壘al ム al-d 稜n reprend la ville, le royaume chrétien subsistant autour de Saint-Jean-d’Acre et récupérant même une partie de Jérusalem entre 1229 et 1244 à la suite d’un partage de celle-ci. De 1244, date de l’assaut des Turcs kwarizmides, jusqu’à 1517 (conquête de S lim Ier), Jérusalem redevient musulmane. Elle est administrée par un n ib nommé par Damas. Son déclin économique contraste avec un certain essor culturel; les mamelouks dotent mosquées et collèges, tandis qu’ils persécutent les chrétiens et les juifs. La cité compte alors quelque 10 000 habitants.

Les époques moderne et contemporaine

La conquête de Jérusalem par les Turcs en 1517 détermine un essor éphémère de la cité. Sous l’impulsion de Soliman le Magnifique, le juif Abraham Castro, la dote d’une enceinte rénovée ménageant des portes monumentales (dont celle dite de Damas); il y bâtit des fontaines protégées. Dès la seconde moitié du XVIe siècle, la cité décline. Bien que siège d’un sanjak (gouverneur), elle est subordonnée à Damas et peu de Turcs s’y installent. Quelques familles musulmanes et chrétiennes y constituent une classe de notables. La stagnation de Jérusalem serait alors due, d’une part, à son éloignement des voies stratégiques du littoral, d’autre part, à son absence d’activité artisanale et d’arrière-pays agricole. La présence chrétienne y est assurée par des ordres religieux garantis par des capitulations de François Ier.

La population juive s’accroît avec l’immigration consécutive à l’expulsion d’Espagne: son essor spirituel, manifeste au XVIIe siècle, entraîne la venue de groupes de ネassidim en 1720. La communauté juive locale ne subsiste que grâce à l’aide extérieure collectée par des émissaires envoyés dans la diaspora, ses institutions étant prises en charge par la communauté de Constantinople. Juifs et chrétiens sont soumis à des mesures restrictives édictées par l’autorité islamique. Le Saint-Sépulcre est partagé entre franciscains, melkites, géorgiens, arméniens, abyssins, jacobites, syriens, nestoriens et coptes.

Au XIXe siècle, les entreprises des puissances européennes pour s’assurer des droits de protection des chrétiens de Jérusalem progressent, tandis que la ville émerge lentement d’une situation qui restait semblable à celle du Moyen Âge. Vers 1865, elle atteint environ 18 000 habitants, dont 8 000 juifs. Les voyageurs européens lui donnent une nouvelle animation, mais les auteurs romantiques sont surtout sensibles à sa misère: «Je veux seulement essayer, écrit Pierre Loti, de noter les aspects actuels de sa désolation et de ses ruines» (Jérusalem ). La cité sainte s’éveille pourtant: en 1837, on y imprime pour la première fois un livre, un rituel de prières en hébreu: en 1863 paraissent deux journaux hébreux, Halebanon et ネaba ルelet . Sous l’impulsion et avec l’appui financier du philanthrope anglais sir Moses Montefiore, des quartiers neufs sont élevés extra muros pour loger l’excédent d’une population juive qui étouffait dans un minuscule quartier. C’est aujourd’hui le site poétique de Mishkenot Sha’ananim et de Yemin Moshe, résidences d’artistes, centre musical, jardins de rocaille, et, entièrement rénové, le moulin-musée de Montefiore. Des écoles et des hôpitaux sont édifiés, ainsi que des ateliers. Une voie ferrée, construite par des Français, relie Jérusalem et Jaffa. En 1850, des archéologues européens commencent des fouilles à Jérusalem, tandis que se multiplient les constructions religieuses: synagogue Tif’eret Israël (1872), monastère Notre-Dame-de-France (1887), église russe de Gethsémani (1888). Les missions et consulats étrangers, en particulier allemands, deviennent plus nombreux. Guillaume II visite Jérusalem en 1898 et s’y entretient avec Théodore Herzl, fondateur du sionisme.

L’entrée à Jérusalem du général Allenby en 1917 inaugure une nouvelle période pour Jérusalem, celle du mandat britannique. L’administration qui est alors mise en place accélère le réveil de la cité: y sont établis le gouvernement, la Cour suprême, le haut commissariat, l’Agence juive, reconnue par la Société des Nations; un conseil municipal comprenant deux chrétiens, deux musulmans, deux juifs est institué. En 1925, est inaugurée sur le mont Scopus l’université hébraïque de Jérusalem. En 1931, commence à paraître un quotidien, le Palestine Post (aujourd’hui Jerusalem Post ), tandis que se poursuivent constructions religieuses et laïques, notamment l’Institut biblique pontifical, le consulat de France, les églises catholiques des différentes nations.

La mosquée Al-Aqsa est entièrement rénovée entre 1938 et 1942. Les institutions nationales juives: Agence juive pour la Palestine, Fonds national juif, Fonds de colonisation s’installent à Jérusalem. Périodiquement, les troubles ralentissent le processus, particulièrement lors des attaques arabes contre les Juifs en 1920, 1929, 1936.

Après la Seconde Guerre mondiale, à la suite des heurts entre la résistance juive et l’armée britannique, l’O.N.U. prévoit, dans le cadre d’un partage de la Palestine un corpus separatum pour Jérusalem (29 nov. 1947; résolutions 181 II, 194 III du 11 décembre 1948, et résolution 303 IV du 9 décembre 1949). Accepté par les Juifs, le plan est rejeté par les Arabes (conférence du Caire du 17 décembre 1947). Après le départ des troupes anglaises (mai 1948) et la proclamation de l’État d’Israël, Jérusalem est le théâtre de durs combats entre la Haganah et la Légion arabe de Transjordanie, qui reste maîtresse de la Vieille Ville. La Nouvelle Ville ne reste entre les mains des Juifs que grâce au percement à travers la montagne d’une route la reliant au littoral.

L’armistice du 3 avril 1949 entérine la coupure de Jérusalem: Israël conserve la Nouvelle Ville, la Transjordanie la Vieille Ville; l’accès du mont Scopus et des Lieux saints est garanti aux Juifs, mais cette disposition n’est pas appliquée, et toutes les antiques synagogues de la Vieille Ville sont détruites, le cimetière juif du mont des Oliviers dévasté et le Mur occidental interdit aux pèlerins et aux orants. Le 13 décembre 1949, la Knesset , parlement d’Israël, déclare Jérusalem capitale et y transfère les services gouvernementaux, mais nombre de pays, considérant Jérusalem comme un corpus separatum , maintiennent leurs légations et ambassades à Tel Aviv.

Les 5 et 7 juin 1967, lors de la guerre de Six Jours, après des bombardements jordaniens, l’armée d’Israël s’empare de la Vieille Ville et, le 27 juin, la Knesset déclare Jérusalem unifiée sous la souveraineté d’Israël, et vote, le 30 juillet 1980, la Loi fondamentale déclarant (titre Ier) «Jérusalem entière et réunifiée est la capitale d’Israël.» Les Arabes et nombre d’États se refusent à reconnaître ce qu’ils tiennent pour une annexion illégitime. Cependant, c’est à Jérusalem que sont reçus les chefs d’État américains Richard Nixon et Jimmy Carter, le chef d’État égyptien Anouar el-Sadate, le chef d’État français François Mitterrand. Le problème des Lieux saints s’ajoute au problème politique: ils sont actuellement placés sous la juridiction des autorités reconnues des diverses confessions: Conseil musulman, Grand Rabbinat, Églises.

Jérusalem reste aujourd’hui une cité pittoresque avec ses souks enchevêtrés de la Vieille Ville, où les travaux de reconstuction du quartier juif sur 10 hectares, autour de la rue des Juifs, restituent de façon saisissante l’espace juif traditionnel avec ses soixante synagogues restaurées, ses venelles et leur aspect de légende, les multiples institutions charitables ou enseignantes modernes ou anciennes. Un grand parc national entoure les remparts de la Vieille Ville sur une superficie de 300 hectares. Décidée en 1967, sa réalisation s’est poursuivie pendant plusieurs années. Jérusalem reste cité sainte avec ses multiples églises, synagogues et mosquées; une ville résolument moderne avec ses quartiers neufs à l’ouest et au nord et avec ses zones industrielles (Talpioth, Sanhedria, Ataroth); une capitale avec la Knesset , dont le hall abrite une tapisserie des Gobelins dessinée par Chagall (la Jérusalem messianique ), avec le musée d’Israël situé sur une colline verdoyante, avec son Palais du Livre, écrin des Manuscrits de la mer Morte, avec la Grande synagogue de Jérusalem, inaugurée en 1982, l’Université hébraïque entièrement rénovée sur le mont Scopus, mais conservant ses instituts construits sur le campus splendide de Giv’at-Ram, lorsque l’accès au mont Scopus était rendu impossible par suite de la division de la ville jusqu’en 1967.

Jérusalem
(en ar. Al-Quds, en hébreu Yerushalaïm, "la Ville de la paix") v. sainte de Palestine; 567 100 hab. (Hiérosolymites ou Hiérosolymitains). Jérusalem a été partagée en 1948 entre la Jordanie (la Vieille Ville) et Israël (la Nouvelle Ville, dont Israël fit en 1950 sa capitale). En 1967, la Vieille Ville a été occupée par les Israéliens et, en 1980, le Parlement a déclaré Jérusalem réunifiée "capitale éternelle d'Israël". Bien qu'elle soit le siège effectif du gouvernement, ce statut ne lui est pas reconnu par la plus grande partie de la communauté internationale. La ville anc., construite sur deux collines séparées du mont des Oliviers par le torrent du Cédron, domine les quartiers modernes du N. et de l'O., aux industr. variées. Jérusalem est surtout un centre culturel (université hébraïque) et religieux. Hist. anc. - Fondée au IIIe millénaire, Jérusalem entre dans l'hist. du peuple juif quand David (Xe s. av. J.-C.) la prend aux Jébuséens, en fait sa cap. et y installe l' Arche d'alliance. Salomon l'embellit (construction du Temple, d'un palais royal, etc.). Le schisme des tribus du N. en fait la cap. du royaume de Juda (v. 931 av. J.-C.), ravagée par les Babyloniens (586 av. J.-C., destruction du temple de Salomon). En 70 apr. J.-C., Titus la prend, l'incendie et l'intègre à l'Empire romain. Lieu de la mort du Christ, elle attire, dès le IIe s., de nombr. pèlerins chrétiens. Avec l'occupation arabe (638) et la construction, au VIIe s., de la Coupole du Rocher (souvent dite, improprement, mosquée d'Omar) à l'emplacement même du Temple, la ville devient le lieu saint d'une troisième religion: l'islam. Aussi, de nos jours, prône-t-on souvent l'internationalisation de la ville.
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Jérusalem
(royaume latin de) état fondé en 1099, lors de la 1re croisade, par Godefroy de Bouillon. Affaibli par les rivalités entre croisés, le royaume se réduisit sous les attaques des musulmans. Saladin Ier reconquit Jérusalem en 1187 et les dernières villes encore sous l'autorité des croisés, Acre et Tyr, furent perdues en 1291. Le roi, qui régnait sur Jérusalem, exerçait son autorité morale sur d'autres fiefs: les comtés d'édesse et de Tripoli, les principautés d'Antioche et de Tibériade.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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